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2001-2003

by admin on octobre 6th, 2001

collèges / ordinateurs portables / collégiens / un carnet, trois journaux / c’est Noël / essuyer les plâtres / vive l’imagination !
« Prêter un ordinateur aux élèves de troisième de tous les collèges des Landes ? Pendant toute l’année, et aux frais du conseil général ? Ils sont complètement irresponsables ! Un ordinateur, c’est beaucoup trop fragile ; les enfants vont les fracasser ! Entre l’achat, les réparations, la maintenance, ça va coûter une fortune… » Voilà le genre de réactions (et quelquefois en plus violent…) qui ont accueilli l’annonce du projet.
Pourtant, la chose est bel et bien advenue ! Lancée dans trois « établissements tests » à la rentrée scolaire 2001, l’opération « un collégien, un ordinateur portable » a été généralisée l’année suivante à tous les collèges du département ; et, à ce jour, elle continue son bonhomme de chemin. « Concrètement, l’ordinateur est remis à l’élève dans le mois qui suit la rentrée de septembre, à titre gracieux, sans caution, sur simple signature d’une convention de prêt passée avec ses parents. Il est restitué au collège à la fin de l’année en même temps que les manuels scolaires ; il sera confié à d’autres élèves à la rentrée suivante. » 13 Ainsi, pour l’année 2004-2005, pas moins de 4 900 ordinateurs portables sont en service dans les 34 collèges dépendant du conseil général.
On peut visualiser le journal #1 ici,
et le livret des collégiens là…

Vision, engagement, conviction…
Le choix posé par le président du conseil général, Henri Emmanuelli, quand il propose d’engager ce projet, s’inscrit clairement dans le registre de l’acte politique. Les attendus sont annoncés clairement : il s’agit « de relever les défis de l’égalité, en assurant l’égal accès des élèves à ces nouveaux outils, de favoriser de nouvelles méthodes et pratiques pédagogiques et, enfin, de diffuser la “culture” de l’information et de la communication dans tous les foyers landais ». Si quelques expériences ont déjà eu lieu ici ou là, on n’a encore jamais vu la mise en place d’une pareille initiative à l’échelle d’un département. Les moyens mis en œuvre sont inédits à une époque où l’on songe encore davantage à équiper les collèges en salles informatiques et en postes fixes. Confier un ordinateur portable aux élèves, c’est en effet mettre en circulation cette machine entre le collège et la maison ; et ce sera souvent le premier objet de ce genre à entrer dans nombre de foyers.

Accompagner et rendre compte
Durant l’été précédant cette rentrée 2001, et pendant les deux ans qui suivront, nous aurons la chance d’accompagner la communication de l’opération. Chance ? Oui, car ce fut un compagnonnage heureux, qui n’a pas fait l’économie des discussions ni gommé les différences de points de vue. Nos interlocuteurs avaient le souci « d’intéresser la presse » – ils y parviendront d’ailleurs presque au-delà de leurs espérances : un projet original, sur le terrain de l’école et des nouvelles technologies, proposé dans son fief par un homme politique en vue… Largement de quoi allécher les médias locaux et nationaux ; l’opération s’est vite retrouvée sous les feux de la rampe.
Parallèlement à cette communication vers « l’extérieur », nous proposerons de rendre compte de l’opération « de l’intérieur », donc de travailler avec, et en direction de toutes les personnes impliquées dans l’aventure : les collégiens et leurs parents, les enseignants, les personnels des collèges, etc. Et d’éditer ce petit carnet à remettre à tous les collégiens : non pas un banal fichier de recommandations consultables dans quelque dossier installé dans la mémoire de la machine, mais un vrai petit livre, imprimé sur du vrai papier : la matérialité d’un document à lire – et à regarder –, pour expliquer l’opération dans ses aspects pratiques, et symboliser le contrat de confiance : « Attention ! Fragile… »
Un formidable remue-ménage était en train de germer : une telle expérience à grande échelle, et dans un contexte assez inégalement préparé à accueillir l’arrivée soudaine de ces machines, ne manquerait pas d’engendrer un foisonnant gisement d’histoires, d’idées, d’initiatives, de questions… Notre seconde proposition sera donc : « Faisons un journal ! Plaçons-nous en situation de témoins, d’enregistreurs, pour recueillir – en paroles et en images – un peu du vécu des principaux héros de l’histoire… Puis restituons une sorte de chronique du projet – avec ses contradictions et ses débats – sous la forme d’un journal en trois actes. »

Acte 1 : « C’est pas de la daube ! »
17 septembre 2001. Curieusement, c’est leur gravité qui impressionne. « Alors c’est bien vrai ? on ne nous a pas raconté de craques ? on va vraiment l’avoir, notre ordinateur ? » Aujourd’hui, c’est le grand jour ! Eux, ce sont les élèves de troisième du collège Jean-Moulin, à Saint-Paul-lès-Dax, les premiers à prendre possession de la précieuse mallette noire. Pour l’heure, le collège est complètement chamboulé, une délégation d’élus et d’officiels, suivie par une troupe dense de journalistes affairés, entoure le président du conseil général. Lui aussi laisse percer son émotion quand il remet la première machine à un collégien visiblement très intimidé. Petit discours. « Vous allez avoir de nouveaux moyens pour travailler, apprendre, vous informer, communiquer ou vous distraire. Et votre famille pourra également utiliser votre ordinateur. Vous êtes les premiers à bénéficier de ces nouvelles méthodes ; votre expérience sera déterminante pour ceux qui vont vous suivre. Je vous fais confiance pour prendre soin de ces matériels et en découvrir toutes les ressources. » Et, très vite, les « fournées » successives sortent de la salle où a lieu cette remise solennelle, et s’éparpillent dans le collège, les bras encombrés de paquets. C’est un peu Noël avant l’heure. Les copains plus jeunes viennent aux nouvelles. Attroupements dans les couloirs et les escaliers. « C’est pas de la daube ! » Vite, on met en route les machines : les plus dégourdis se précipitent déjà pour changer l’image de leur page d’accueil… Drôle de sac à main pour un adolescent ! L’image étonne un peu, tant nous associons (encore ?) ce type d’accessoire à la silhouette du cadre en complet gris. « On les voit passer dans le collège, ils sont mignons : ils portent leur ordinateur bien précieusement, ils ont toujours envie de l’ouvrir. Ce matin, à la récréation de 10 heures, ils sont tous arrivés. Ils avaient besoin d’une prise pour le brancher : il avait faim ! » racontera quelques jours plus tard le principal du collège.

Acte 2 : « Quand il y a eu dérive, le collège a réagi… »
Juin 2002. La date du brevet approche. Nous voici au collège Jacques-Prévert, à Mimizan. Dans la cour, les grands pins sentent bon : nous sommes ici tout près des plages de l’océan. La semaine prochaine, ils viendront reprendre les ordinateurs. Eux, cette fois, ce sont les gens du conseil général. « Ça vous fait quel effet, de le rendre ? » Nous attendions, sans doute un peu naïvement, un regret, un pincement, même peut-être une toute petite larme… Mais les collégiens sont plutôt soulagés : « On avait peur de le perdre ou de le casser, maintenant on n’aura plus cette responsabilité… »
Une année scolaire, c’est très long. Et ici, en un an, on a eu le temps d’en essayer des choses ! Les enseignants ont un peu ramé. « Au début, j’étais ébahie, ils savaient déjà : “Vous voulez qu’on vous apprenne Madame ?” Ils n’ont pas peur face à la machine. Et, en plus, ils sont valorisés. » On a essuyé quelques plâtres : « J’en ai même aperçu un qui envoyait un mel à son voisin de table : ô grande vertu de la technologie ! Enfin plus besoin de bavarder… » On a vécu quelques dérives et imaginé quelques moyens d’en limiter la portée… Les parents, d’abord un peu sceptiques et très inquiets, sont maintenant plutôt assez fiers de leurs rejetons. Certains ont pu prendre quelques cours d’informatique pour suivre le mouvement. Pourtant, si les ordinateurs sont là, la vie qui va avec reste encore largement à inventer. « C’est la première pierre, et elle n’est pas si mal posée que ça », conclura le conseiller principal d’éducation du collège.

Acte 3 : « Vive l’imagination ! »
Mai 2003. Une deuxième année scolaire va bientôt s’achever. Dans un contexte un peu tendu, une évaluation menée sur le terrain par huit inspecteurs d’académie – inspecteurs pédagogiques régionaux – vient d’être rendue publique. Ouf ! les conclusions sont très mesurées, et toute menace d’excommunication de l’expérience landaise semble écartée. Nous mesurons maintenant, en rencontrant les profs qui ont littéralement « plongé » dans l’histoire, la situation limite qui leur a été imposée : l’école ne s’était pas du tout préparée à accueillir ces machines « diaboliques ». Certains enseignants ont été déstabilisés, d’autres enthousiasmés, tous se sont trouvés dans l’obligation de se poser beaucoup de questions, particulièrement sur leur rôle et sur leur manière d’enseigner. Comment gérer une situation de classe, quand on n’a plus devant soi que des visages cachés derrière des écrans ? Un débat s’est ouvert au sujet de l’accès à l’Internet, un autre à propos de la possibilité de mutualiser les ressources pédagogiques… Un formidable chantier vient tout juste de s’ouvrir… « J’ai confiance dans la capacité des enseignants à utiliser l’outil à bon escient. Il y a plein de pistes de travail. Alors vive l’imagination ! », concluait alors l’inspecteur d’académie responsable de l’évaluation pédagogique de l’opération.

Finalement, engagés comme observateurs et comme témoins, investis de la mission de collecter et de restituer un peu de ce vécu individuel et collectif, nous nous laisserons nous-mêmes prendre à l’aventure… Les étonnements, surprises, enthousiasmes ou doutes de nos interlocuteurs nous ont, par contamination, étonnés, surpris, enthousiasmés ou remplis de doutes à notre tour… Des questions essentielles ont été posées ; certaines commencent à trouver un début de réponse. D’autres non. Trois journaux ont été édités. Nous avons essayé d’y témoigner d’une histoire : « Il était une fois, au début des années 2000, dans les Landes. Décision fut prise de confier pour une année des ordinateurs portables à des collégiens et à leurs profs… » Un photographe, Vincent Monthiers, nous a accompagnés dans cette aventure ; nous avons fait avec lui le choix du noir et blanc. Nous trouvons que ses images vont bien avec notre mise en pages (ou l’inverse, peu importe). Notre mission a pris fin. La vie continue…


un collégien, un ordinateur portable
Éléments d’identité visuelle
Design éditorial : journal, livret collégiens, chemise et dossier de presse
Maîtrise d’ouvrage : Conseil général des Landes, 2001-2003

From → atelier

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