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l’esprit des lieux

by admin on décembre 7th, 1999

Sam / imprimer / docks / numérique / dockers / la brême dans le sacot…
Sam est un atelier d’impression numérique dédié au grand format. Deux événements vont marquer ce début d’année 2000 : l’entreprise aménage dans de nouveaux locaux, et elle participe activement à la mise au point technique d’une machine permettant d’imprimer, en quadrichromie et en grand format, à l’unité et en série, directement sur tous les types de matériaux du commerce (les papiers, les tissus, les moquettes et les tapis, les panneaux de bois, les stratifiés, les plastiques et les métaux, le verre, le béton, etc.). Le procédé est aujourd’hui assez commun, mais il n’en était alors qu’à un stade de prototype, tout ce qu’il y a d’artisanal.

L’entreprise s’installe donc dans un ancien bâtiment portuaire, aujourd’hui rebaptisé Hangar G2, au bord des bassins à flot, au nord de Bordeaux, dans un quartier en pleine recomposition, mais encore tout habité de son passé maritime. Le bâtiment fait l’objet d’un chantier de reconversion magistralement conduit par l’agence BLP. C’est dans ce bâtiment emblématique que Sam va occuper, en rez-de-chaussée, un vaste local, très haut sous plafond, dont une partie sera réservée à un espace d’exposition, pour donner à voir le potentiel de l’atelier… Comme nous sommes en charge de la communication de l’entreprise, on nous demande alors d’imaginer un projet – printed by Sam – pour occuper les lieux.

Bienvenue sur les docks
Le programme tient de l’exercice de style : il s’agit simplement de créer – sans grands moyens mais sans contraintes – des images à imprimer, en grand format, sur toutes sortes de matériaux… En général, ce genre de problématique se résume à « choisir » des visuels colorés, de préférence libres de droits, dans quelque CD de banques d’images internationales, et à y pratiquer – avec virtuosité évidemment – quelques « bidouillages » parfaitement gratuits et néanmoins décoratifs. Nous ne sommes pas virtuoses, pas du tout, et nous pensons qu’en l’occurrence, un autre projet est possible.
Les lieux sont magiques, la lumière étonnante. À deux pas du centre-ville, un autre monde… Deux mille trois cent quarante mètres de quai vertical, deux bassins d’une quinzaine d’hectares reliés à la Garonne par une double écluse, deux formes de radoub, un pont tournant… Aménagés à la fin du xixe siècle, les bassins à flot – les docks de Bordeaux – connaîtront, jusqu’aux années 1970, une activité portuaire particulièrement intense. En déshérence depuis une vingtaine d’années, depuis que le port s’est transporté vers l’aval, au plus près de l’océan, cette zone des bassins à flot fait partie de nos terrains de jeux favoris.

Docks, Dockers
C’est sous le titre Docks, Dockers, que nous imaginerons mettre en images une sorte d’hommage à la mémoire de ces lieux. Non pas une évocation nostalgique d’un temps qui n’est plus… Non pas une simple collection d’images d’archives… Mais plutôt une manière de revisiter ce passé dans ses images – avec les techniques numériques – dans le mouvement d’aujourd’hui : « Ici. Au ras des bassins à flot. À quai. Pont tournant et grues Wellman, formes de radoubs et bollards d’amarrage, marins et dockers… Parce que nous aimons les images et les histoires – en grand format. Un signe, simplement, à l’adresse de tous ceux qui ont habité ces lieux… »
Commencera ainsi une collecte, puisant dans les archives photographiques du port de Bordeaux, réalisant, au gré de nos déambulations, des prises de vue et autres prélèvements de matières, d’ambiances et d’images à notre façon : ainsi, un gant de manutention, trouvé en bordure du bassin à flot no 1, le 10 octobre 1999, deviendra le signe fédérateur des différents supports de communication de l’entreprise. « C’est un gant pour une main droite, fait en cuir maintenant très usé et tout durci. Le pouce est rabattu à l’intérieur de la paume, les autres doigts sont parallèles. Il est déchiqueté en plusieurs endroits, et marqué de taches de peinture blanche. Il mesure environ 18 cm de haut et 11 cm de large. » Numérisé directement sur le scanner et agrandi 25 fois, c’est l’image de ce gant, de plus de quatre mètres de haut, qui ouvrira le parcours de l’exposition.
Puis viendra une enfilade de cimaises installées de guingois dans l’espace, et présentant recto-verso ces images imprimées directement, telle sur une plaque de verre, telle autre sur une feuille de métal, etc.
Nous emprunterons à Guy Suire, dans le langage haut en couleur du parler d’ici, les paroles nécessaires à notre partition : « Aller à l’engrane. Aller au travail, dans le langage des dockers. Quand tu allais à l’engrane, sur la pantière, la brême dans le sacot… Pas besoin de te tripougner le chichourin, t’avais du mail… » [Quand tu allais à l’embauche, sur les quais, avec la carte de docker dans le sac, pas besoin de te faire de soucis, tu trouvais du travail…]1 On apprendra ainsi que le terme de « palanquée » désigne la charge prise par une grue, et par extension un nombre important de choses. Ou encore que l’expression « Ça tamise ! » signifie qu’il pleut, sans qu’on sache très bien si le climat londonien y est pour quelque chose : « Qu’est-ce que ça tamise ! Je suis trempé comme une soupe, j’ai les nougats tout humectés. »

Aujourd’hui, le Frac (Fonds régional d’art contemporain) Aquitaine occupe ces lieux… Sam est parti voguer vers d’autres rivages, d’autres destinations. Les images de l’exposition ont été dispersées par le vent. Une imitation de jonque chinoise restaurant-bar-discothèque s’est amarrée devant le hangar G2. Pas moins de huit studios graphiques ont aménagé dans les étages. Les bassins à flot, les docks, ces bassins entourés de quais pour le déchargement des navires, seront bientôt entièrement dédiés à la plaisance… Oui, peut-être, fin


Docks, dockers, exposition / cimaises, format 2,00 x 2,00 m et 4,00 x 4,50 m.
Communication graphique (Livret, format 10,5 x 15 cm, 16 pages, noir et blanc)
On peut voir ce document ici.
Plaquette commerciale, format 21 x 29,7 cm
Maîtrise d’ouvrage : Sam, l’atelier numérique, 1999-2001

1. Guy Suire, Les Mots d’ici, éd. Mollat

From → atelier

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