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iconographie / 1998-2003

by admin on octobre 7th, 2003

émigrants / art / accueillir / service social / images…
Le SSAE (Service social d’aide aux émigrants) est une association créée en 1926, à laquelle l’État a confié, par convention, une mission nationale de service public « afin d’organiser et assurer un service social spécialisé en direction des personnes d’origine étrangère vivant en France ». Pour communiquer ses engagements, ses réflexions et ses actions, le ssae éditait, sous le titre Accueillir, une revue à destination de son personnel (assistants sociaux, agents d’accueil, interprètes) et de ses différents partenaires institutionnels et associatifs.
Lorsque le projet de reformulation graphique de la revue nous a été soumis, Accueillir était – à l’image de nombre de publications équivalentes – d’une désespérante tristesse : mise en pages vieillotte, choix typographiques peu qualifiés, projet éditorial intéressant mais franchement desservi par une illustration littérale, plate, pauvre, souvent de très mauvaise qualité. Bref, vraiment pas le genre de document à ramener le soir à la maison pour se remonter le moral !

Interpellés sur les questions de mise en pages, nous posons en préalable la question des images… « Difficile de faire mieux, nous répondra-t-on. Nos contextes d’interventions sont difficiles, et il n’est pas envisageable d’y missionner des photographes… Nos priorités sont dans l’action, pas dans la communication. Etc. » Comment faire ? Peut-on concevoir une revue sans images ? Faudrait-il recourir à des illustrateurs ? Imaginer des artifices graphiques pour masquer le problème ?
En questionnant le projet, un paradoxe s’est fait jour : comment se fait-il que nous soyons ici en manque d’images positives sur les migrations, alors même que la quête d’exotisme envoie chaque année des milliers de charters de touristes à l’autre bout du monde ? Une solution s’est alors imposée naturellement. Déconnectons les images du contenu des articles. Allons puiser dans les trésors de l’art, dans la diversité des cultures du monde. Définissons des thématiques, constituons des collections et illustrons librement chaque numéro de la revue avec une iconographie homogène et valorisante.
« Les images comme la musique parlent un langage universel, écrit Pierre Starobinski. L’image s’adresse au domaine du sensible, à l’imaginaire, elle éveille dans la mémoire d’autres images déjà vues, elle intègre un réseau d’impressions, tisse une toile qui nous met en relation avec l’histoire du monde. Une gravure est une fantastique machine à remonter le temps, une aquarelle tibétaine permet de se retrouver instantanément sous un autre ciel. »1
La main, le regard, la bouche… ont ainsi occupé les pages des premiers numéros de la nouvelle formule d’Accueillir. Nous avons fait de l’iconographie un peu par nécessité. « Je suis chercheur d’images, écrit Nicolas Bouvier. Ce métier, aussi répandu que celui de charmeur de rats ou de chiens truffiers, ne s’enseigne nulle part. C’est dire qu’on ne le choisit pas ; il vous choisit, vous attrape au coin du bois. Je suis tombé dedans comme dans un puits […], et j’ai fait de l’iconographie comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans le savoir. […] Cet apprentissage de l’image, acquis au gré des commandes et par la plante des pieds, m’a enrichi autant que tout ce que j’ai pu lire entre six et soixante-trois ans. »2
À la suite des nouvelles dispositions gouvernementales concernant l’immigration, la parution d’Accueillir a été suspendue en 2004, et le ssae est aujourd’hui dans la plus grande incertitude quant à la pérennité de son action.

Accueillir – Format A4, 32 à 48 pages, 6 numéros par an
Maîtrise d’ouvrage : ssae, 1998-2003

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